L’immigration à l’école – Le Nouvelliste
Parmi les ateliers proposés, du bricolage, qu’un migrant donne dans sa propre langue. De quoi montrer à quoi ils sont confrontés en arrivant dans un pays dont ils ne partagent pas les codes.
«Le contexte actuel est très particulier. Avec les enseignants, nous avons cherché des moyens de l’évoquer en classe. Dans ces circonstances, j’ai entendu parler de ce que proposait le centre d’occupation et de formation Le Botza à Vétroz…» Durant plusieurs semaines, la thématique de l’immigration est au cœur des diverses activités du cycle d’orientation de la Tuilerie à Saint-Maurice. Son directeur, Alain Grandjean, observe l’atelier auquel est en train de participer l’une de ses classes.
Sous la supervision de Priska Antille, du Botza, la 10 CO2 s’active. Les tables ont été enlevées et les étudiants se massent autour de deux des leurs. «Vous devez les habiller comme des immigrants», tonne le comédien Freddo Lespagnol.
Le natel et la famille
L’opération terminée, un premier verdict tombe. «Pour le premier, je suis assez convaincu», commente celui qui fait office de maître de cérémonie. Pour le second, il est plus nuancé.«Vous l’avez déguisé en clochard! Les immigrants sont-ils des clochards?» La discussion s’engage: «Et vous, que prendriez-vous si vous deviez tout quitter?» La réponse est quasi unanime: «Ma famille et mon natel. Pour rester en contact!» La répartie de Freddo est immédiate: «Vous allez le charger comment, votre portable? Et les frontières, vous pensez les passer sans papiers?» Dans la salle sont présents plusieurs requérants d’asile. Parmi eux, Aristote, originaire d’Angola. Son histoire tragique – son père et son oncle ont été tués – touche. Celle d’Elisabetha Syla aussi. Venue du Kosovo, elle a dû partir de chez elle en pleine nuit, en pyjama.
Différencier réfugiés et migrants
Alors que le dialogue se poursuit, les concepts se précisent. «Je sais maintenant la différence entre un migrant et un réfugié», commente Edouard Gétaz, qui fut l’un des deux élèves grimés.«Le premier se déplace pour des raisons financières, le deuxième a la guerre chez lui.»
L’expérience se poursuit sous la forme d’autres ateliers. Des cours – couture, bricolage – sont pilotés par les requérants dans leurs propres dialectes. «L’idée est de montrer aux élèves à quoi on est confronté quand on arrive quelque part et qu’on ne comprend pas la langue. Dans un monde où les codes sociaux ont changé et où les repères sont perdus», souligne Priska Antille.
Plans et dessins dans la main, le geste ample, Kidane Weldeab, venu d’Erythrée, essaie de faire construire une petite échelle à trois élèves. Le message passe: «Même si je ne comprends pas ses mots, j’ai fini par saisir le sens de ce qu’il m’a expliqué», raconte Julie Dubois. «Ce que je retiens de cette journée, c’est que ces gens sont comme nous. Ils ont un cœur. Si on le veut, on arrive à communiquer.»